Précieux

•30 juillet 2016 • Un commentaire

Tu es dans mon système maintenant. Tu m’as trop donné, bouts de corps et d’esprit dont je sais la valeur. Sous ma peau se sont insinués, dans mon ventre répandus.

Pour la première fois depuis fort longtemps, j’ai baissé la garde ouvert en grand. Saisi ce que tu m’as délivré, déposé le tout dans un écrin à tiroirs. Conscience, cœur, estomac.

Tu ne peux me le retirer. Mais tu peux te retirer, me laisser seule avec tout ça. Précieux fragments de toi, consultés en permanence sans même y penser. Intégrés, assimilés, fondus dans ma chair. Je les contemple, circulent en moi et provoquent le manque. Des pelotes dans ma gorge, sous mon nombril, sous ma langue. Saveur douce-amère de l’absence. De mes commissures s’écoule l’envie, ma confiance en lambeaux à mesure que les heures défilent.

Je ne me sens complète que lorsqu’à travers mon obscurité vous percevez la lumière. Je ne me sens complète que lorsqu’à travers votre lumière j’entrevois vos aspérités. Parfois l’illusion s’installe. Que mes bouts à moi vous sont aussi précieux. Fourvoiement de l’égo au travail. Je n’ose pas trop m’approcher, ne pas envahir ne pas étouffer. C’est peut-être là mon erreur. La peur de se brûler, tellement séculaire à l’humanité que je m’en écœure.

L’épaisseur de mon carcan me dégoûte et m’emprisonne. Pourtant toujours encore l’égo murmure ; quelqu’un quelque part possédant les outils pour le démanteler. Et surtout la volonté.

Seulement l’égo n’est pas seul, Chloé chuchote sans cesse parmi les chœurs, dans la nef de mes doutes : tu n’en vaux peut-être pas la peine, car après tout qu’y a-t-il à trouver sous cette coquille ?

Fous

•7 août 2015 • Un commentaire

L’indicible au fond de ventre. La béance enchevêtrée des pourquoi. Lambeaux de muqueuse qui s’agitent en arpège, entre la mémoire du corps et les lendemains au bord des lèvres. Les questions candides de l’enfant face aux réponses cyniques de l’expérience. Nous sommes plus nombreux que tu ne le crois. Seulement…

Beaucoup se sont brodés d’épais tapis sous lesquels planquer ces poussières sans nom, qui démangent dans la gorge et mouillent les cils. Elle n’est pas donnée à tous, la capacité de les examiner, de détecter toutes les couleurs du spectre de ces bouts du moi. Car, gorgées de sel et d’eau, elles gonflent et pèsent sur chaque cellule de l’être. Il faut sans doute être un peu fou pour s’acharner à y plonger les mains, fouiller, tresser un semblant de cohérence dans ce fourbis qui nécrose à mesure que les jours défilent. Il faut apprécier le concave et le convexe, s’amouracher des aspérités sans vouloir tout poncer. Il faut être curieux et masochiste.

L’indicible au fond de ventre. La béance enchevêtrée des pourquoi. Nous sommes fous. Mais même à l’intérieur, même en pleine lumière, nous voyons les étoiles.

What happened to her

•4 août 2015 • Laisser un commentaire

Chloé ne peut pas mourir. Pas avant moi en tout cas. Nos souffles sont liés, comme au premier jour. Un système de vases communs niquant ensemble pour la postérité. Du moins c’est ce qu’on aime faire croire, quand les étoiles sont éteintes et que les embruns marins ont disparu.

Alors oui, là, elle fait pas bien fringante. Six pieds sous les pissenlits. Mais elle est équipée : tuba, périscope et amplificateur de son. Elle n’en perd pas une miette.

Elle consigne.

Les petites douleurs corporelles à force de fatigue. La bouche décousue de stress. L’angoisse de demain et les peurs d’hier. Les semblants, les arrière-pensées, les loghorrées intérieures. Les envies d’ailleurs. Les autres à chaque niveau de l’épiderme.

Tu vois, Chloé ne peut pas mourir. Si demain elle s’envole, ses écrits disparaitront avec elle. Puis les tréteaux, les étagères, les cartons de mémoire dans son sillon. Tous ces petits monticules poussiéreux cryptés et éparses qui encombrent mon grenier. Disparus.

Et je n’ai rien d’autre à mettre à la place.

Say it out loud

•20 janvier 2015 • Laisser un commentaire

Dis-moi que je n’ai pas à faire semblant. Dis-le moi à haute voix, énonce-le distinctement. Ta voix et rien d’autre, puis viendra ma salvation. Et la tienne, car je te le dirai en retour. Tous ces cancers que je me fabrique à force de contenance se dissiperont car je saurai que tu me connais, définitivement. Tu m’as lue. Le fond, la forme et entre les lignes. Tu me vois clairement et plus encore : tu me sais. Tu comprends car toi aussi.

Chloé n’était pas la première. Il y en a eu tant d’autres, certains que ma mémoire a sacrifiés. Enfant, déjà. Je faisais bien la différence, le réel et. Le reste, celui où ces interlocuteurs privilégiés évoluaient. Chloé, la sorcière, le frère et les autres. Nous leur parlons pour faire des ponts, lâches que nous sommes, atteints malgré nous par l’extérieur. Abîmés.

Tu comprends car toi aussi, tu parles à ces entités invisibles. Nous les savons chimères et pourtant. Quand nos efforts en société ne parviennent plus à camoufler notre dégoût. Notre incompréhension. Lorsque la fatigue face à ce monde-là nous assaille.

Tu comprends car toi aussi. Nous sommes de ceux qui, réfugiés dans leurs songes, savent la perfection. Cette beauté faite d’aspérités adorables. Celle qui n’est ni rose, ni sucrée. Douce-amère sur nos langues et vérité. Ce qui loge derrière les masques.

Tu comprends car toi aussi. Ce feu-là brûlera toujours. Ses flammes plus fascinantes que le terne et le sale au dehors. Que l’imparfait, polymère et rictus qu’on nous impose. Donc. Dis-moi que je n’ai pas à faire semblant. Tomber voile et coquille. Vivre. Ce rêve que nous nous acharnons à entretenir nuit et jour.

Tu comprends car toi aussi. Dans ton ventre toi aussi. C’est juste un choix à faire. Dis-le moi tout haut. Autorise-nous l’autisme dont on crève. Dans notre bulle de vrai nous ne nous rirons pas des autres. Nous les observerons spectateurs, et nos chairs à nous enfin prendront vie.

© Larry Clark

© Larry Clark

Entrent les mots

•19 juin 2014 • Un commentaire

Tu ne soupçonnes pas
La beauté qui émane de toi,
Derrière ton égo et ses atours
Je vois bien, les jeux et les jours.
Entre les lignes.

Tu n’as pas idée
De la valeur que tu as,
Depuis silences et sarcasmes
J’entrevois, frissons et fragilité.
Entre les liqueurs.

Tu te demandes plutôt
Ce qui m’amène à toi,
Malgré les indices et les maux
J’aperçois, tes yeux et leur voile.
Entre les pourquoi.

Tu ne mesures pas
La force qui nous lie,
Corps et âmes à chaque fois
Je sens bien, tes mains et tes soupirs.
Entre les draps.

Tue-nous d’absence
Ou vis-nous sans détour,
Quelques mots et du sens
Je crève de, adieu ou amour.
Entre. Les mots.

Chut

•13 mars 2014 • Laisser un commentaire

Long time no see.

La marée a fini par remonter. Et les volutes de se briser.

Écume amère en bouche, salée aux joues, noire au coin de l’œil. Mon sable déjà fin, poli de peur à maintes occasions, noyé à nouveau. Poussière d’étoile en immersion : monceau d’algues et de viscères, tachée pétrole et polymère. Du temps des tsunamis je me rappelle, submersion violente et passagère. On a voulu tout maîtriser. Hélas.

À force de barrages sur les rivières, d’infiltrations en faux filets, l’eau s’accumule et de son lit s’extirpe, torrentielle. Mes minuscules galets en masse compacte, brillante au soleil… joli mirage au microscope. Sous mes ongles, dans mes bronches, sur ma langue, les cailloux et l’océan passent en force. Un battement de cil englué : tout s’effondre, genoux broyés peau qui s’effrite sous la matière. Lorsque le calme relatif et mensonger se mue en chute des hémisphères, irrigation enjeux pression, secrets jusqu’à l’implosion. Chute.

Véloce et violente, la mer colère frappe et se retire : nettoyage de printemps fomenté en interne. Chloé je sais.

Chloé Delaume – La Dernière Fille avant la guerre

•6 juillet 2013 • Laisser un commentaire

J’écris ailleurs.

Découvrez Shut Up and Play The Books , pour lequel je viens de faire une chronique sur La Dernière Fille avant la guerre de Chloé Delaume.

Les Ides de mai.

•26 mai 2013 • Laisser un commentaire

La Lune éclatante et pleine trémousse un vague à l’âme. Trimballe ce corps dans l’écume de nuits agitées. Jaillit sur les joues perlées de ce visage fatigué. La marée monte en dedans qu’on ne sait plus ravaler. Le niveau monte au gosier, ça brille à la surface. Heureusement. La lumière est faible. Si la bouche s’ouvre la cécité n’adviendra. Sauf que. La source se fait torrent, force son lit, envahit les mirettes. Ces yeux éblouissent de peur, de honte, de lâcheté. Chloé fait la planche sur ces pupilles. Dessine un ange et puis se noie. Suffoque bientôt dans les abysses.

La Lune a pâli au matin, jusqu’à disparaître, emmenant avec elle les bêtises en cascade murmurées par cette idiote. Les premiers rayons ont fini d’assécher le ruisseau. Bientôt, au creux du ventre, l’eau dort tout à fait. Seuls quelques spasmes la font frémir, de temps à autre. Et lui évitent de croupir. Jusqu’aux prochaines Ides.

Le plaisir de la mine

•27 septembre 2012 • 2 commentaires

Je vois les pages vierges s’amenuiser. Le carnet rouge a pris du poids, du volume. Retrouver le plaisir de la mine s’enfoncer la feuille buvard les mots privés de publics sont simples vrais et douloureux. On n’épure à peine dans cet écrin, on jette brutal presque automatique, on scotche les brouillons compulsifs. Pour trace et lucidité, vérité à peine altérée.

Je vois les pages vierges s’amenuiser.

N. B. : partir à la recherche d’un cahier où l’on se sent aussi bien, pour la suite.

Deux Ex Machina

•28 juillet 2012 • Un commentaire

Et tu la nourris tu l’entretiens pourtant tu sais ce qu’elle colle. Et tu t’y complais tu lui procures. Les outils nécessaires à sa nidation dans les creux qui parsèment le cœur et l’esprit. Tu l’accueilles comme une vieille copine, la laisses s’étaler au gré de tes idées fixes. Chloé acquiesce, bien entendu. Peu à peu tes membres s’atrophient, fatigue artificielle visible sur ta trogne. Elle gagne du terrain, tout devient terne aux alentours et tu rumines. Tu mâches sans relâche, espérant une digestion qui n’adviendra. Tout ça tu le sais et malgré tout.