L’homme assis dans le couloir

L’homme, assis dans le couloir, prit sa tête entre ses mains. Il massa son cuir chevelu et appuya fort sur ses tempes et son front. Une larme brûlante s’échoua sur le linoléum, en silence. Il pleurait sans bruit, enfouissait les sanglots au fond de son sternum. Il aurait voulu courir, vite et loin, loin de la pièce où on le mènerait dans peu de temps, loin de toutes les pièces qui s’en suivraient. Il ne regrettait rien. Il garderait à jamais en lui ses embrunts sucrés, sa peau veloutée, son goût de miel. Et puis le creux dans le bas de son dos, la douceur de sa nuque et le parfum de ses cheveux. Son air paisible lorsqu’elle dormait.

On l’appela. Tandis qu’il s’apprêtait à passer la porte qui scellerait son avenir, il aperçut sa silhouette dans le hall. Elle lui fit signe de la main, ce geste qu’ils avaient inventé ensemble, mimique dont le sens resterait leur secret. Il sécha ses larmes, releva la tête et lui répondit discrètement, alors qu’on le poussait dans la salle d’interrogatoire. Le dernier son qu’il entendit s’échapper de sa bouche adorée fut un cri de douleur, de rage, de désespoir.

La fille, allongée sur son lit, essuya une nouvelle fois ses larmes de rage. Elle était enfermée dans sa chambre depuis des jours. Ni téléphone, ni ordinateur, ni télévision. Sa génitrice avait même réquisitionné les romans qu’il lui avait offerts, qu’ils avaient lus ensemble. Alors, elle passait son temps à noircir les pages de son journal, à y consigner chaque souvenir à ses côtés, avant que les remontrances parentales et le quotidien ne les effacent. Elle s’endormait en se diffusant mentalement leurs morceaux favoris, tremplin idéal aux rêves savoureux de réalité qu’elle convoitait chaque nuit.

Ce soir-là, elle chercha en vain les bras de son Morphée. Le lendemain, on la traînerait au commissariat pour témoigner, contre sa volonté. Elle le verrait, contemplerait ses yeux cernés de fatigue, de tristesse, ses cheveux noirs en bataille, sa moue boudeuse et résignée. Et puis ses mains longues, fines, mais sûres. Elle voudrait se jeter sur lui, lui faire l’amour, se greffer à lui de sorte qu’on ne puisse plus les séparer, jamais.

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~ par godschizo sur 26 novembre 2008.

3 Réponses to “L’homme assis dans le couloir”

  1. suite de l’article de Rue89 j’imagine ? je savais qu’il te marquerait…

  2. euh c’était pas par rapport à ça en fait. en tout cas pas consciemment ^^

  3. C’est une belle émotion et, à la fois sentiment, qui se dégagent de ce texte 🙂

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