3615 ma life

Je me pose tranquillement devant les marches qui mènent à la faculté de lettres. Le soleil adoucit la froidure de cette fin d’été (cette saison que les enfants de moins de deux ans n’ont pas connu). Je ne mangerai pas ce midi ; les crampes qui tordent mon estomac ont l’air bien installé. Sans doute une réaction de mon corps, en colère contre la quantité de nourriture ingurgitée ces derniers jours.

J’écoute la discussion animée d’un géorgien fraîchement débarqué de Saint-Germain-des-Prés, pris en sympathie par un étudiant en mal d’amitié. Ils partent en cours. Alors je chope les quelques bribes émanant des groupes formés plus loin, des passants :
« Mes amis sont au Mans »
« C’est vraiment une disgrâce »
« Magnifique »
« Alors t’es contente ? »
« Ça m’a fait rire quoi »
Ça ressemble à ce jeu qu’on pratique parfois avec ma frangine, qui consiste à zapper pendant l’interlude publicitaire pour tenter de former des phrases en fonction des différentes répliques. Ça aboutit parfois à de drôles de dialogues.

Cela dit ça me lasse vite. Alors je sors mon Ipod et diffuse l’unique musique atemporelle dont je dispose dans mon conduit auditif. Ça réchauffe ce que le soleil n’atteint pas, fluidifie le liquide cérébral. Les couleurs changent. À moins que ce ne soit ma rétine qui décline, bientôt consumée, peu habituée à tant de clarté.

Pas besoin de LSD ou de champignons pour ouvrir mes portes de la perception ; je chevauche le serpent ; j’ai baisé mon père et tué ma mère depuis longtemps. Je perçois ce jour béni, le seul qui soit écrit, où je mourrai de plaisir dans une fosse commune peuplée de dévots tous plus humides les uns que les autres. Je perçois les rituels qui vont de paire, les gestes précis qui, en dehors de cette foule initiée, pourraient passer pour un cours d’aérobic réservé aux seniors. Nous serons, plus qu’à l’usage ; nous ne penserons plus, nous croirons. Au final, je m’écroulerai, épuisée, ne jamais ressurgir ; je plongerai dans un abysse de coton, m’y loverai pour toujours.

J’ai oublié d’emporter Le Cri du sablier de Chloé Delaume dans ma besace d’étudiante. Je l’ai commencé pour la troisième fois hier soir. Les quelques pages avalées avant le coma nocturne résonnent encore dans l’enveloppe. Rayer mots inutiles, retourner essentiel. Reprendre masturbation limbique, triturer épithètes subordonnées ponctuation, pour mémoire. Reconstruction. Ce que la lobotomie l’abrutissement avaient annihilé ; replanter les bulbes du pourquoi.

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~ par godschizo sur 19 septembre 2008.

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